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BAT «héros» de l’agriculture italienne

Une grande nouvelle, lancée par les agences de presse et rapidement reprise par les journaux, fait le tour de la péninsule et de ses îles : British American Tobacco va acquérir le tabac italien pour 20 millions d'euros par an, pour les 2 prochaines années.

L’annonce a été faite par le vice-président de BAT Italia, Giovanni Carucci, dans le cadre du Forum Confagricoltura de Taormine où, à en croire les journaux, l’homme de Big Tobacco a été le protagoniste absolu de l’évènement.

Pourquoi tant d’intérêt pour l’achat d’une modeste quantité de tabac, payée au prix du marché ? Vingt millions d’euros correspondent à 3% du chiffre d’affaires de BAT en Italie et à moins de 4% de la culture italienne. Sur le marché du tabac, ce n’est vraiment pas grand chose. Pourquoi lèchent-ils tous le cul de cette multinationale et pourquoi personne ne se préoccupe des employés des usines qui ont été fermées, comme par exemple, ceux de Lecce et Bologne qui sont encore dans la rue parce que cette entreprise supprime les emplois ?

«BAT investit sur l’Italie» ont annoncé les agences, «Le groupe BAT relance les acquisitions en Italie», a titré Il Sole 24 Ore. Tous font l’éloge de BAT, «great company». Carucci, devant un parterre d’ignorants qui ne savent même pas que les cigarettes que nous achetons au bureau de tabac sont importées à 99%, a parlé du préjudice économique que représenterait «pour notre pays» une crise de la filière du tabac italien, constituée d’«agriculteurs, producteurs, distributeurs et marchands de tabac», alors que comme il le sait très bien, tous les producteurs sont déjà partis à l’étranger. Au forum de Taormine, en présence de la crème du secteur et des VIP de la politique tels que le ministre du développement économique, Passera, et les leaders politiques Casini, Alfano et Bersani, BAT «bienfaitrice et pro-italienne», à en lire les journaux, a été le personnage marquant de l’évènement. On a presque l’impression, qu’en fumant des MS on remercie BAT pour tout ce qu’elle fait et a fait en Italie.

Bersani, Alfano, Casini

Bersani, Alfano, Casini

L’achat du tabac italien est un business insignifiant comparé aux plus de 2 milliards d’euros de bénéfices, exempts de taxes, que se répartissent chaque année les trois multinationales. Et pourtant, dans ce pays d’esclaves, il y en a toujours pour s’activer afin que ces entreprises continuent à faire ce qu’elles veulent. Chaque année, le Ministère des Politiques Agricoles (Mipaf), la Coldiretti, la FIT (Fédération Italienne des Tabacs), et une galaxie d’associations, universités, fondations et lobbies, en échange de petites récompenses, se démènent avec des congrès, conférences, articles, études dans lesquels ils mettent l’accent sur le rôle de l’une ou l’autre des multinationales comme bienfaitrice de l’agriculture italienne, avec la participation active des hommes politiques et des ministres et sous-secrétaires de service, de toute formation politique.

Lecce, Bologne : BAT licencie, l’Etat paie

Dans l’usine de Lecce (500 employés), acquise par BAT, en 2005, suite à la privatisation de l’Eti, on fabriquait les MS, avant la délocalisation et la fermeture définitive de décembre 2010. Il s’est passé un peu plus d’une année depuis l’accord signé au Ministère pour la reconversion de l’usine, mais rien n’a été fait et cet accord semble avoir été complètement oublié.

Manifestation des travailleurs de la Manufacture des Tabacs de Lecce

Les employés de la Manufacture des Tabacs de Lecce protestent contre la fermeture

«Ce qui reste aujourd’hui à clarifier est le résultat de cette obscure histoire—ainsi est intervenue Teresa Bellanova, du Parti Démocratique—Nous devons demander à cette multinationale d’avoir une responsabilité éthique et de respecter un accord signé, puisqu’elle s’était portée garante de son entière mise en application. Résultat qui aujourd’hui, malheureusement, reste à des années lumières».

A Bologne, ils sont encore à manifester contre le non-respect des accords pris lors de la fermeture de juillet 2008. Bv Tech, financée avec 335.000 euros, pendant ces années, par la Province et la Région pour organiser des cours de formation (actuellement dans les mains de la magistrature) pour les ex-employés de BAT. Jusqu’ici elle n’a absorbée que 12 personnes et a notifié une perspective de mobilité pour les autres employés, encore aujourd’hui au chômage technique. L’année dernière, Bv Tech, sans tenir compte des accords, a annoncé la fermeture du siège de Bologne et la mise au chômage technique exceptionnel pour les autres.

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